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Archive pour le 1 mars, 2008

Les barreaux sont toujours verticaux !

Posté : 1 mars, 2008 @ 5:34 dans Nouvelles | 11 commentaires »

Les barreaux sont horizontaux.
Dans tous les films que j’ai vus les barreaux sont toujours verticaux !
Pas ici.
Derrière le métal, une fenêtre en forme de croix.
Elle ouvre l’horizon sur le mur d’enceinte et le sas de l’entrée principale.
Tous les nouveaux arrivent par ce corridor, dans un fourgon sans vitres, aux étroites cellules.

Les barreaux sont toujours verticaux !

Je viens d’avoir 18 ans, une chance, j’évite le bâtiment des mineurs.
Le plus terrible.
On m’a montré les photos qui font peur.
Les visages balafrés au cutter, le sang.
Ici chez les adultes il y a moins de risques, il suffit de fermer sa gueule.

Ici l’intimité est interdite, t’avais qu’à pas te faire prendre.
Un petit muret sépare le chiotte du lavabo-eau-froide.
Un gars est installé sur le lit de droite, il sort de l’hosto, ses chevilles sont ressoudées.
Il commence à remarcher, un peu.
Je m’en fous.
Rocker tout propre, il est chiant, me parle de sa mère, de RTL qu’ils écoutaient ensemble le matin, me dit qu’il n’aime ni les cheveux longs,ni les drogués, qu’il a cherché à se barrer en sautant par une fenêtre, du troisième étage, qu’il s’est pété les chevilles.
Il me gonfle, de toutes façons je suis pas là pour ça, je l’emmerde, demain on déménage.
On n’est là que pour la nuit, demain on change de cellule, on change de partenaire, il parait.
Mais ici rien n’est jamais sûr, rien n’est jamais acquis.
A l’entrée, on m’a filé une paire de draps, une couverture, un beau costard gris sale et une chemise jaune pisse.
Il n’y avait pas ma taille, le pantalon est trop large, ça les a bien fait marrer ces cons.
Cet uniforme de merde que j’ai enfilé n’est que pour les condamnés, les prévenus, eux, restent en civil.
Je verrai ça demain, à la promenade, là où on sait qui est roi et qui est courtisan.
Ce soir j’ai envie qu’il la ferme, l’autre blaireau.
Ce soir, je comprends que j’ai perdu ma liberté.
Jamais je ne l’oublierai.
Et puis tout est passé si vite, j’ai de la rage au fond du cœur, je ne sais plus si j’ai bouffé, dehors il fait noir depuis longtemps, je ne la verrai pas.
22 heures, extinction des lumières, de la radio.
Demain j’apprendrai les règles de la prison.
Réveil 6 heures.

 

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