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Archive pour le 17 mars, 2008

Les grues jaunes

Posté : 17 mars, 2008 @ 10:25 dans Poemes | 12 commentaires »

Les grandes grues jaunes se tournent vers le soleil.
Immobiles elles regardent apeurées le ciel obscurci
Qui galope sauvagement au dessus de leur fragilité.

Les grues jaunes

Elles pensaient soulever la terre, ériger des forteresses,
Protéger les plus faibles, dresser des contreforts mais
Ces mécanos géants bardés de boulons d’aciers
De barres de fer et de filins tendus se mettent à trembler,
Subitement conscients de l’impossible espoir d’avancer.
Les corbeaux noir pétrole en profitent et viennent y nicher
Leurs petits aux dents longues et jamais rassasiés.
Ils ont le bec pointu ouvert comme des ciseaux
Piaillant devant les grilles des écoles de dépeçage,
Ils savent déjà qu’ils vont s’empiffrer
Et pressentent la jouissance de cette funeste orgie.

Les grues se prenaient pour les maîtres du ciel, leur bel esprit balayé par les idées du monde,
Utopistes rouillées par les pluies acides de leurs cités forgées de progrès et de modernité.
De chantier nouveau en buildings magnifiés, elles se sont égarées dans leurs délires de dieux,
Croyant corriger les erreurs des anciens et préparer l’avenir meilleur des mouflets.
Oubliant de voir où se posaient leurs pieds, elles n’ont rien su du sol qui se désagrégeait,
Recouvert d’un verdâtre billet, monnayant sa survie contre une place dans la pièce.
On oublia les grues dans le vent du souffleur
Laissant par trois fois tomber le brigadier,
Les premiers rôles furent vite distribués
Et le béton sournois y trouva une place,
Glissé sous leurs lourdes semelles,
Il scella dans son ventre leur soif de liberté.

Alors on a cloné les grues devenues impuissantes,
Pour en faire des joujoux pour les gosses des meilleurs.
Désormais distordues et vrillées d’une lugubre plainte
Pauvres grues d’origine qui avaient cru bien faire.
Elles ignoraient alors dans leur maudite jeunesse
Que les révolutions truqueuses falsifiaient toutes les donnes,
Que jamais le pouvoir n’avait changé de poche,
Décapitant simplement les beaux habits de Cour en costumes trois pièces.

Les grandes grues jaunes se sont tournées vers le soleil,
Mais l’astre dédaigneux a détourné les yeux.

 

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